CHRONIQUES DES TERRES IMPERIALES,

LIVRE II, CHAPITRE 1 :

Moi, Augustus de Tanaos, scribe émérite et réputé des Cantons, ami d'enfance de Pocquieres de Bellabre, vais vous conter les événements survenus à Concordia, rebaptisée Discordia à l'époque, lors de la grande réunion de, ce qui aurait du devenir, la Ligue chaotique.

Lorsque cette réunion eut lieu, cela faisait déjà six mois que Demetriann Ier régnait sur ces terres et avait fait de la nouvelle Discordia, le siége de son pouvoir et de sa théocratie chaotique.

Discordia s'apprêtait à recevoir les ambassades ranarks, rothgariennes, pirates, confédérées, toutes alliées du théocrate sauf cette dernière invitée sur demande des ranarks, ainsi que celles des Citées libres et de Tyrandia, territoires neutres jusque là, qui , sous l'injonction de l'alliance chaotique, venaient clarifier leurs positions. Les hommes issus des territoires du rothgar libre et de la république de Lénedera ainsi que les partisans du Lord protecteur tyrandien ou tout émissaire de la Loi , tels que les frères messagers, furent déclarés indésirables par les autorités théocratiques. Pourtant, les informateurs du théocrate et du grand khan étaient formels: ces « indésirables » , mais aussi des résistants de tous les territoires, s'apprêtaient à se rendre à Discordia afin de se rencontrer et d'organiser une résistance commune contre la future Ligue chaotique qui serait officialisée lors de ce rendez-vous. Afin de protéger cette réunion et ses hôtes, Demetriann Ier fit venir à Discordia de nombreuses unités de cohortes sombres.

VENDREDI

  Tout au long de la journée, les ambassades arrivèrent à Discordia afin d'assister à cette entrevue qui était annoncée comme fondatrice pour « La ligue chaotique » mais aussi pour les échanges économique qui ont fait la réputation des grandes assemblées de la cité des Cantons.

En début de soirée, Demetriann Ier, devant l'ensemble des ambassades présentes, put déclarer ouverte la grande réunion de Discordia. Un premier bataillon de la garde du grand khan arriva pendant le discours du théocrate et annonça l'arrivée de la plus haute autorité ranark pour le lendemain matin. Ce bataillon se mit à la disposition du théocrate et rejoint ainsi les cohortes sombres présentes dans la cité afin d'en assurer la protection, mais aussi de débusquer les éventuels résistants ou opposants. Alors qu'ils patrouillaient, interrogeaient et arrêtaient tous les suspects, le théocrate, lui, reçut les premières ambassades venues le rencontrer pour des questions religieuses, politiques, économiques ou diplomatiques.

Plus tard dans la nuit, une «  réunion » de la résistance eut lieu dans les bois aux alentours de Discordia. De nombreux représentants des factions opposées à Sigurd et aux ranarks y étaient présents: L'ancien prévôt des Cantons Pocquiéres et ses mercenaires ainsi que des représentants du culte de la Loi ( parmi lesquels peut être quelques frères messagers, mais l'anonymat qui entoure cet ordre ne permet aucune certitude), d'anciens dignitaires de l'Empire, des envoyés de la république de Lénédéra, mais aussi des membres des « casques à pointes », ces mercenaires des cantons fermement opposés au théocrate que plusieurs témoins , dont certains étaient leurs alliés de circonstance, ont pu qualifier de « fanatiques ». Certains témoins ont assuré que des émissaires de la Confédération et des Cités libres étaient également présents. Drapé de la bannière impériale, un ancien légataire déclara cette réunion comme étant la légitime assemblée des peuples, en référence la glorieuse réunion traditionnelle du temps de l'Empire. Alors que les participants débattaient des moyens nécessaires pour coordonner une action efficace et que chacune des parties réclamait le commandement de la résistance unie, la réunion fut interrompue par l'intervention des cohortes sombres qui avaient repérées une activité étrange dans les bois. Les participants se dispersèrent précipitamment afin d'éviter d'être capturés, leur fuite étant couverte par les casques à pointes qui affrontèrent les cohortes mais ceci, au prix de leur vies.

La nuit qui suivit, plusieurs unités de ces casques à pointes passèrent à l'attaque dans le village sans qu'aucune de ces échauffourées n'ait de résultat significatif. Une rumeur dit qu'un rituel de la balance eut lieu secrètement dans les bois ce soir là, mais rien n'est venu confirmer ces dires. Durant la même nuit, alors qu'il se faisait bien tard et que la plupart des ambassadeurs présents en Discordia étaient plongés dans un profond sommeil, Pocquiéres et ses mercenaires sortirent des bois afin de se remettrent de leurs émotions à la « Vieille Outre » ...au grand dam des tavernières dit-on.

SAMEDI

Comme annoncé la veille, Le Grand Khan et sa garde rapprochée arrivèrent à Discordia au petit matin. Le théocrate et le seigneur Ranark purent ainsi se rencontrer pour la première fois lors d'une entrevue qui eut lieu dans la salle du trône. Ils avaient beaucoup de points à étudier, et l'une des premières décisions prise par le théocrate lors de cette entrevue fut de « contrôler » l'accès au cercle de rituel ou se déroulaient, selon certaines informations, des actes pouvant nuire à son pouvoir. La décision suivante fut prise de commun accord et devait servir à démontrer la puissance et l'intransigeance de « La ligue chaotique » en gestation: des émissaires de Tyrandia avaient été identifiés par les hommes de Sigurd comme étant des représentants de La Loi , favorables au Lord protecteur, et impliqués dans la mort du Comte de kadizaar lors de la dernière assemblée des peuples, il fut donc décidé de les attaquer conjointement. Hommes du théocrate, Garde du Khan et Cohortes sombres se rendirent alors au lieu de séjour des tyrandiens en question qui ne purent rien devant le nombre des troupes de l'alliance chaotique...Tous, ou presque, périrent lors de cette attaque, ce fut un signal fort envoyé par Sigurd et le Grand Khan envers les éventuels opposants de leur cause, de leur pouvoir.

Alors que se déroulait cet affrontement, des émissaires du culte de la Balance , dont le plus illustre d'entre eux, Armand du Gildor, originaire des Cités libres et ancien masque de la balance du temps de l'alliance impériale, approchèrent Milles-Feuilles, esclave et favorite du Grand Khan, afin de la soustraire de l'emprise du seigneur ranark, il semble que cette descendante du peuple elfique représentait une importance essentielle pour les fidèles du culte de l'équilibre. Fidèle à son maître, elle repoussa cette approche, mais ceci arriva aux oreilles du Khan qui demanda à son allié Sigurd de prendre les mesures nécessaires afin que son esclave ne soit plus importunée sur ses terres. Déjà soucieux des agissements de Gildor au cercle de rituel, le théocrate prit la décision de le faire rechercher afin de le punir.

Malgré la démonstration de la puissance du pouvoir ce matin là, certains ne se laissèrent pas impressionner. Ainsi, la garde du Khan fut attaquée en Discordia par les légions d'acier, originaires de la Confédération , Sharkan, grand général des armées ranarks, et sa troupe d'élite, trouva la mort dans cette embuscade! Le Khan mit la tête à prix de cette légion dirigée par Andros, celui là même qui avait prétendu être le héros légendaire capable de vaincre N'GORULL, le démon d'Ugurath, lors de la précédente assemblée et qui avait mystérieusement disparu. Plusieurs unités de cohortes sombres et de mercenaires des cantons fidèles à Sigurd se mirent à la recherche de ces ennemis déclarés du pouvoir, mais malgré toute la détermination des troupes à leur recherche, ils ne furent pas retrouvés.

Après le déjeuner, les grands jeux de Discordia, eurent lieu malgré les événements de la matinée. Le Khan et Le Théocrate assistèrent à ces jeux donnés en leur honneur : l'ouverture fut ponctuée de l'exécution d'un rebelle affilié, semble t'il, à Pocquières des Bois. Puis s'ensuivirent de nombreuses épreuves ou des guerriers purent faire admirer leur art du combat et du duel, ou des archers firent preuve de leur habileté, ou la force fut à l'honneur dans un lancer de pierre, et ou enfin les champions respectifs des seigneurs ranark et théocratique firent démonstration de leur maîtrise des techniques de duel. Durant ces jeux, on put assister à une discussion des plus animées entre le Khan et le Grand Soukène de la Confédération , nul n'en connaît la teneur mais il est probable que les agissements de la légion d'acier le matin même, alors qu'ils sont sensés être soumis à l'autorité du Soukène, furent abordés. Autre point important, Le Théocrate remarqua l'absence lors de ces jeux du groupe de Los Ritanos, présenté comme une famille nomade de troubadours, absence qui l'inquiéta et il ordonna alors à ses émissaires d'enquêter discrètement sur ce groupe et sur les raisons de leur absence.

Les jeux terminés, un mariage eut lieu en Discordia entre Sasuite, membre de la prestigieuse Famiglia, ces marchands réputés des Cantons, et le tenancier de l'herboristerie de Discordia. Bonheur de courte durée pour la malheureuse épouse puisque le soir même, elle devait perdre son mari victime d'un mal étrange...Un autre événement important eut lieu à ce moment là également pour la Famiglia et Discordia: Glassdrinn, représentante des Cités libres à l'ancienne assemblée des peuples, prétendue fille illégitime de l'Empereur Dringlass XIII et reconnue comme telle par feu son époux Scipion, ancien chef charismatique de l'alliance impériale, mit au monde le fils de ce dernier avec l'aide du médecin pirate des requins noirs. Là encore, le malheur frappa La Famiglia qui n'eut pas le temps de se réjouir: selon sa mère, l'enfant mourut quelques heures seulement après sa naissance...Mais le doute quant à cette nouvelle se propagea bientôt devant l'absence de dépouille mortelle de l'enfant: certains affirmèrent que cette nouvelle était une manoeuvre de la Famiglia pour dissimuler l'enfant, encore aujourd'hui, pourtant, on ignore le fin mot de l'histoire.

Peu avant le buffet, Pocquières des Bois fut repéré aux alentours de Discordia aux côtés de casques à pointes, il attendait, semble t'il, un émissaire qui devait lui remettre quelque chose dont on ne soupçonnait pas encore l'importance à ce moment là. Il reçut bien ce qu'il attendait, mais les cohortes sombres et une unité de mercenaires des Cantons ralliés au Théocrate tentèrent de le capturer, sa tête étant l'une de celles mises à prix parmi les plus disputées. Quelques uns de ses compagnons périrent, mais l'ancien prévôt pût s'enfuir à travers les bois et la colline de Discordia, et bien que ardemment poursuivi, en fin connaisseur du territoire qui fût le sien, il échappa aux hommes à sa recherche. Une fois de plus, le glorieux héros des Cantons mit en échec ses ennemis.

Alors que la nuit venait de tomber, le buffet fut servi à la « Vieille Outre » par les tavernières. Chacun put ainsi se restaurer et se régaler des spécialités culinaires cantonnaises.

Après ce délicieux buffet, dans la salle du trône, Le Théocrate prononça la mise à mort d'Armand du Gildor, déclaré ennemi du pouvoir à cause de ses fréquents agissements nuisibles à la cause chaotique au cercle de rituel et à ses approches incessantes envers Milles-Feuilles, offerte à Sigurd par le Khan lors des jeux. Mis aux fers après le buffet par les hommes du Théocrate, l'ancien masque de la Balance fut exécuté à peine la sentence prononcée. Un nouvel ennemi important du pouvoir venait de tomber et ceci emplit d'allégresse les esprits des hommes du Théocrate et du Khan: on dit qu'ils fêtèrent cela d'une manière quelque peu arrosée, leurs seigneurs également, et la salle du trône fut rapidement le lieu d'une ambiance quelque peu débridée et désordonnée. A tel point, que lorsqu'une ambassade venue d'Elkard afin de rencontrer le Théocrate dans le but de clarifier les rapports entre ce dernier et son ancien souverain Uther Ier, l'incident diplomatique fut évité de peu, les elkardiens ayant peu appréciés, dit-on, l'attitude de Sigurd et de ses hommes...quelques peu éméchés et en compagnie de ranarks avec lesquels le roi d'Elkard refuse toute entrevue. L'ambassade fut reçue quand même avec les honneurs qui lui étaient dues juste après un second incident, à la taverne cette fois ci, entre eux et Le Khan en personne. On ignore les résultats de l'entrevue entre Le Théocrate et les ambassadeurs de sa patrie d'origine, mais on peut être sur que rien de concluant ne fut décidé puisque le lendemain, les troupes elkardiennes ne prirent position ni pour, ni contre Le Théocrate.

L'euphorie enivrée de la salle du trône parut se propager dans tout le village ce soir là: les paysans locaux vinrent festoyer à « la vieille outre » et jouer leurs économies au tripot de la Famiglia jusque très tard dans la nuit avant d'aller travailler dans la plaine. Durant la même nuit, un événement étrange se produisit et mérite d'être signalé: les fidèles de ce qui semble être un culte païen totalement oublié et méconnu qu'ils nomment « Le Rond » déambulèrent dans le village en prêchant les vertus de leur croyance. C'est durant cette nuit là que la protégée du Khan et du Théocrate, Milles-Feuilles disparut mystérieusement sans laisser de traces...on ne sait toujours pas, aujourd'hui quel fût son sort. De plus, comme la nuit précédente, profitant du sommeil de ses ennemis, Pocquières des Bois et ses hommes, sortit de son refuge forestier pour se remettre de ses émotions à «  La Vieille Outre  », et ce, jusqu'à l'aube...au grand dam des tavernières.

DIMANCHE

Le réveil fut douloureux pour le pouvoir en place et ses alliés. La stratégie de Pocquières fut alors comprise de tous: l'ancien prévôt avait, la veille, reçut de la part de ses alliés de Discordia un puissant poison qui lui avait permis de contaminer la source qui alimente le village en eau: ainsi lors du buffet, tous avaient été contaminés par l'eau, et ce matin là, tous étaient affaiblis et ne pouvaient ainsi, plus porter leurs lourdes armures, tout comme leurs capacités physiques n'étaient pas au mieux...On ignore toujours qui à pu fournir un poison aussi puissant à l'ancien prévôt. De plus, les paysans locaux, restés fidèles à Pocquières, avaient pendant la nuit, construit un fortin sur la plaine et creusé un puit à l'intérieur, ou avait put être disséminé un contre poison donnant ainsi aux alliés, de celui qui était devenu le véritable chef de l'opposition au pouvoir chaotique, un avantage considérable.

Les opposants à la théocratie s'étaient donc regroupés derrière les fortifications de la plaine et se préparaient à affronter les forces chaotiques. Parmi eux, se trouvaient Pocquières et ses mercenaires, des paysans locaux, cette compagnie de troubadours « Los Ritanos » qui se révéla être composée d'émissaires de la république de Lénédera, La légion d'acier, des hommes étranges vêtus de feuillages qui semblaient prier ce mystérieux culte du Rond, les casques à pointe, et des représentants de toutes les factions d'opposition. Plusieurs émissaires du pouvoir vinrent constater le danger, dont l'un, mercenaire des Cantons rallié à la théocratie, provoqua Pocquières en duel, qui évidemment refusa, prétextant ne pas se soucier de l'ambition dévorante d'un petit mercenaire sous-fifre de Sigurd, alors que lui était devenu chef de guerre et avait donc d'autres préoccupations.

Les armées du Théocrate, du Khan et de leurs alliés se regroupèrent bientôt sur la plaine afin d'évaluer la situation. Les débats furent houleux et partagés quant à la stratégie à adopter. Le dernier mot revint au Théocrate, seigneur de ces terres, qui prit la décision de se replier dans le village, le fortin semblant difficilement prenable. Cette décision divisa les forces chaotiques, le clan Shagataii et Le Grand Khan semblaient, par exemple, au bord de la rupture, illustrant ainsi les légendaires conflits divisant le peuple ranark entre les guerriers d'Ugurath et les chefs fidèles à Valos.

Le repli ordonné par Sigurd fut néanmoins réalisé, et les armées chaotiques protégèrent le village tandis que le Théocrate, Le Khan ainsi que leurs cours et gardes rapprochées se réfugièrent dans la salle du trône. Comme cela était prévisible, les opposants réfugiés dans le fortin en sortirent afin d'attaquer Discordia et se présentèrent bientôt sur le chemin reliant la plaine au centre de la cité.

La bataille qui s'ensuivit fut enragée, disputée et des combattants des deux fronts perdirent la vie dés les premiers instants...mais plus les combats se prolongeaient, plus les forces chaotiques cédaient du terrain devant le nombre supérieur de leurs opposants, ceci étant expliqué par la désertion de plusieurs alliés du Théocrate au moment de la bataille. En effet, il fût constaté par les deux camps que certains groupes ou unités se réclamant alliés du pouvoir les jours précédents manquaient à l'appel...Trahison? Fuite? Lâcheté? Un peu tout cela certainement suivant les différentes factions concernées...Ces absences furent fatales aux troupes ranarks et théocratiques qui finirent par rompre devant le nombre et la détermination de la coalition réunie autour de Pocquières. Devant l'agitation des combats, certains proches et dignitaires du Théocrate parvinrent à s'échapper et à trouver refuge auprès d'alliés ou sympathisants, voire de factions sans la moindre conviction, si ce n'est l'appât du gain. Mais ceci n'est que supposition, ceux étant considérés « disparus » n'ayant pas été retrouvés ou localisés...Alors que les troupes ranarks et théocratiques étaient tombées, il restait aux vainqueurs à prendre la salle du trône ou étaient réfugiés Le Grand Khan et Le Théocrate. Il leur fût proposé de se rendre honorablement, mais ils refusèrent déclarant que si leur heure était venue, leur destin serait de mourir dignement et non de se soumettrent à leurs ennemis. La salle du trône fut alors envahie par des guerriers de la coalition résistante, un combat eut lieu ou les deux grands seigneurs de ce qui aurait du devenir « La ligue chaotique » luttèrent jusqu'à la mort...

Mais une surprise de taille attendait les vainqueurs, alors qu'ils retirèrent le masque du Théocrate, ils constatèrent que ce n'était pas Demetriann de Sigurd qui était revêtu de l'habit officiel du Théocrate, mais un imposteur, une doublure... Ce brillant subterfuge surprit les guerriers de Lénédera présents dans la salle du trône à ce moment-là, ils fermèrent alors l'accès à la salle et la fouillèrent. Le véritable Théocrate fut alors découvert, dissimulé dans une arrière salle à celle du trône. Il fût capturé, ses mains furent liées, et deux chevaliers l'entourèrent...mais cela ne suffit pas! Demetriann s'enfuit de la salle du trône et emprunta le chemin menant aux bois à toute allure, ce fût là sa dernière tentative puisqu'il finit par être arrêté et mis aux fers. La Théocratie était bel et bien morte, ce que pouvaient maintenant célébrer les vainqueurs.

Le retour de Pocquières dans la cité, qu'il s'empressa de rebaptiser Concordia, fût triomphal, il pût ainsi rappeler à tous le rôle primordial qu'il avait joué dans la chute du régime chaotique et réaffirmer son autorité légitime sur les Cantons. Le conseil des Cantons, au sein duquel se réunissaient toutes les tribus de mercenaires de la contrée, ayant explosé sous la théocratie entre partisans de Pocquières et partisans de Sigurd, Pocquières se déclara soucieux de restaurer l'unité passée des Cantons, et dans ce but, se déclara Roi des Cantons. Afin de récompenser ceux qui lui étaient restés fidèles, il déclara que ses mercenaires seraient faits chevaliers, alors qu'un fief appartenant à un seigneur l'ayant combattu serait offert à la Famiglia , dont le chef Vincenzo serait anobli et deviendrait Ministre de la justice alors que son cousin Gnocchi, lui aussi anobli, aurait en charge l'économie de la nouvelle monarchie. De plus, la plupart des habitants de Famiglia l'ayant soutenu seraient également anoblis. Son couronnement eut lieu quelques heures plus tard, en même temps que l'annonce de ses futures épousailles avec Glassdrinn des Cités libres, veuve éplorée de feu, le régent et chef de l'alliance impériale, Scipion.

La première grande célébration de la libération de Concordia eut lieu: L'élection de « Dame Vieille Outre », un des titres les plus honorifiques et prestigieux de la cité. Le grand jury, composé uniquement de membres de la nouvelle noblesse concordienne: l'aventurier Igor Le Moche, Dame Elo détentrice du titre et tavernière, Belladonna Velezza, descendante du plus célèbre des troubadours, elle aussi tavernière, et enfin Vincenzo de la Famiglia , marchand réputé de nos contrées et tout récent ministre de notre justice, eut fort à faire pour départager des concurrentes plus charmantes et élégantes les unes que les autres:

- Olga des Cantons, dite «  la distinguée »

- Rhane de Rothgar, fille des guerriers nordiques

- Syphilis des Îles Canailles, première dame de l'équipage des « rascasses »

- Margotton des Cantons, jumelle illégitime de « mère blairière », dite « La grâce »

- Sasuite des Cités libres et de la Famiglia

- Laura de Lénédera dite « La chanteuse élégante »

- Gisèle de Concordia dite «  La finesse »

- Olivia Newton des Îles Canailles

- Kika la troubadour des Cantons dite «  l'infatigable »

C'est, au bout d'une compétition acharnée, cette dernière qui remporta la distinction tant convoitée, et ce, malgré une concurrence des plus féroces, puisqu'on vit durant les épreuves, un combat entre Syphilis et Sasuite, une tentative d'assassinat sur Gisèle et de nombreuses tentatives de fraude ou de corruption, que repoussèrent bien évidemment un jury inflexible et droit, à l'image de son seigneur bien-aimé Pocquières.

Celui-ci poursuivait ses règlements de compte: outre sa reprise du pouvoir, l'autre action significative du seigneur des Cantons fut de chasser les pirates de l'équipage « Les rascasses » de ses terres. En effet, durant l'absence de celui qui allait devenir notre roi, ces immondes individus avaient capturé, torturé et infligé les pires sévices au vieil Eustache de Bellabre, ancien prévôt et glorieux paternel de Pocquières pour une sombre histoire de butin qui aurait été détenu par le vieil homme. Le héros de la résistance mit un point d'honneur à laver l'affront fait à son glorieux aïeul et fit pourchasser ces vils marauds à travers la dense forêt concordienne et ses collines. Les hommes de Pocquières ne parvinrent pas à capturer ces lâches qui réussirent à fuir...en compagnie d'anciens dignitaires du Comte de Sigurd et théocrate Demetriann Ier, selon certains témoins.

Puis une assemblée des vainqueurs eut lieue en place publique afin que les premiers accords concernant la poursuite du conflit puissent être conclus. Pocquiéres présidait cette assemblée et était entouré de représentants de Lénédera ainsi que du Grand Soukène de la Confédération. C 'est durant cette assemblée que se présenta la délégation elkardienne, venue la veille en Concordia afin de rencontrer Démetriann. Celle-ci fit part, aux représentants des peuples vainqueurs, de la requête du Roi Uther Ier d'Elkard : en tant que souverain légitime de Demetriann de Sigurd, il estimait être en droit de réclamer ce détenu afin de le juger, déclarant être le plus propice à décider du sort à réserver à l'ancien théocrate, obligé envers lui par un serment de fidélité et des liens de vassalité. Examinée puis approuvée par les vainqueurs, cette requête eut donc pour conséquence de voir partir Demetriann de Sigurd , entouré de la garde royale elkardienne, vers sa terre d'origine ou l'attendait son souverain, décidé à le juger pour ses actes.

Puis eut lieu, ce qui restera dans la glorieuse histoire concordienne comme, le « buffet de la libération ». Les spécialités culinaires des Cantons firent, là encore, la joie et le bonheur de peuples «  libres » de l'oppression ranark et chaotiques, qui dégustèrent ce festin dans l 'allégresse et l'euphorie.

Les festivités purent reprendre : une compagnie de ménestrels démontra tout son talent en faisant danser les plus festifs, alors que le début d'une joute verbale des plus acharnée se profilait. La Famiglia était à l'origine de ce duel d'orateurs et avait décidé que le peuple et les spectateurs en seraient les jurys. Nous pûmes assister à de fabuleuses envolées lyriques, à de grands discours et à quelques coups bas, il faut bien le reconnaître, et deux orateurs des plus doués se distinguèrent :

- Julio Tortosa, originaire de Lénédera et membre des fameux «  Los Ritanos »

- Hustorion de Fellbranne, marchand de Concordia et gardien du cercle de rituel

L'heure était venue de départager ces deux concurrents et le débat fût des plus disputés, ce duel fut magnifique d'intensité, l'un surenchérissant toujours aux répliques acerbes et surprenantes de l'autre. Hustorion fut désigné grand vainqueur de ce duel qui mérite de figurer parmi les légendes des prestations oratoires. La joie du vainqueur fut de courte durée puisque, alors qu'il fêtait sa victoire en compagnie des tavernières, il fût victime d'une tentative d'assassinat dont on ignore toujours les raisons tellement elles sont incompréhensibles. On sait toutefois que le magnifique vaincu du jour, Sieur Tortosa, n'est absolument pas impliqué dans ce méfait qui ne peut être l'oeuvre que d'un fourbe isolé.

Toujours est il que les festivités se poursuivirent : les troubadours de différents peuples présents à Concordia allaient jouer une pièce historique devant le public de notre légendaire cité. Sous la férule de Belladonna Velezza, descendante du grand Antonio Velezza, « prince des ménestrels », la célèbre «  De pire, Empire » oeuvre de ce dernier, jadis interdite par l'Empereur, et dont on croyait que tous les textes avaient été brûlés, allait être jouée et présentée à un public qui avait le plaisir et le privilège d'assister à la renaissance de «  La guilde des truffes et des trompettes affamées », interdite depuis des années par les autorités impériales. Les troubadours, après des décennies à pratiquer leur art anonymement et le plus discrètement possible, dans des tavernes miteuses et infréquentables, affirmèrent ainsi le retour au premier plan d'une forme d'expression dont on avait oublié les vertus et le bonheur qu'elle pouvait procurer.

A la Vieille Outre et sous les accords de la troupe de ménestrels, la dernière nuit à Concordia des invités de ce séjour historique se prolongea jusqu'au petit jour. Le tripôt de la Famiglia semblait bien animé, et de nombreuses fortunes ont dû se faire et se défaire cette nuit là, on y remarqua particulièrement un petit groupe de paysans qui semblait aussi bruyant que bons joueurs. Les derniers accords et négociations commerciales eurent lieu également alors que les cornes semblaient se vider plus vite qu'elles ne se remplissaient. Comme les nuits précédentes, Pocquieres était présent et particulièrement joyeux, entouré de paysans, mercenaires des Cantons et représentants de peuples de toutes les terres. Parmi les présents, heureux sont ceux qui ont pu déguster l'inoubliable nectar fruité d'Ambrosi de la Famiglia ... qui, sauf erreur de ma part, n'à que peu d'avenir si il investit dans la distillerie. Un événement tout aussi étrange que la nuit précédente se produisit : un nouveau culte païen totalement inconnu fit son apparition à travers un prophète aussi étrange qu'insistant : Le « TI ». Ces cultes semblaient se multiplier à Concordia, après « Le Rond » la veille, «  Le cercle » en début de soirée, qui semblait être une secte dissidente des premiers, c'est une troisième croyance inconnue de tous qui surgissait à «  La Vieille Outre  ».

Il semblerait que, alors qu'elle festoyait joyeusement avec tout ces illustres personnages, La Famiglia fut victime d'un vol dont les responsables n'ont pu être identifiés. Ceci ternit quelque peu les festivités, mais ne les empêchèrent tout de même pas de se poursuivre jusqu'à l'aube ...

Le lendemain matin, il était temps pour chaque faction de retourner en ses terres et de quitter Concordia, fiers d'avoir assistés et participés à un chapitre historique de sa glorieuse histoire...

Livre I Chapitre 1
Livre I Chapitre 2
Livre I Chapitre 3
Prologue Livre II Chapitre 1
Prologue Livre II Chapitre 2
Livre II Chapitre 2

 

 
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